Marathon de Venise

Le retour d’expérience de Valentin Maisons

Premier marathon, premier mur, premières leçons sur la distance : Venise a marqué un tournant dans le parcours de Valentin Maisons. Depuis, il a enchaîné les 42,195 km et porté son record à 2h51. Dans cet entretien, il revient sur son marathon de Venise : le choix de la course, le parcours, les ponts, la gestion de l’effort, mais aussi le séjour, Mestre et les visites à faire sans alourdir ses jambes avant le départ.

Portrait de Valentin Maisons

Coureur aux multiples casquettes

Médecin néphrologue, chercheur, passionné d’histoire de la médecine et marathonien en 2h51 : chez Valentin Maisons, les casquettes s’accumulent. Elles ont pourtant un fil conducteur. Il aime comprendre ce qu’il fait, qu’il s’agisse de médecine, de recherche ou d’entraînement.

Son parcours universitaire en dit déjà beaucoup. Au moment du bac, Valentin hésite entre l’École du Louvre et des études de médecine. Passionné d’histoire, il choisit finalement la seconde voie sans abandonner la première. À Tours, il construit un double cursus médecine et histoire de la médecine, jusqu’à obtenir un master 2 dans cette discipline. Chef de clinique au moment de notre entretien, il se projette dans une carrière hospitalo-universitaire mêlant soin, enseignement et recherche, avec une thèse de sciences en biostatistiques appliquées en ligne de mire. Il continue parallèlement à travailler, lorsqu’il en trouve le temps, sur des sujets d’histoire médicale locale.

Cette curiosité scientifique déborde naturellement sur sa pratique sportive. Elle l’a notamment rapproché de RunWise et de Maxime Lopes, dont il apprécie l’approche fondée sur la science. Après avoir sollicité RunWise pour diffuser un questionnaire consacré au sport et à l’hypertension artérielle, Valentin a animé un webinaire consacré à la prise de sang du coureur et à l’interprétation des principaux marqueurs biologiques en sport d’endurance. La rencontre a été proposée aux athlètes suivis par RunWise, qui bénéficient chaque mois d’un rendez-vous en ligne consacré à des sujets variés : entraînement, nutrition, préparation mentale, science du sport ou encore témoignages d’athlètes. Un format qui lui plaît précisément parce qu’il réunit deux univers qui occupent aujourd’hui une place importante dans sa vie.

La course à pied n’était pas son premier sport. Plus jeune, Valentin joue au handball à bon niveau, jusqu’aux moins de 18 ans nationaux à Chartres. Deux ruptures des ligaments croisés, sur chacun des genoux, et les contraintes croissantes de ses études de médecine finissent par rebattre les cartes. « Pour moi, le sport est vital », explique-t-il. Il cherche alors une pratique moins traumatisante pour ses genoux et surtout plus facile à intégrer dans son emploi du temps. Il commence par courir occasionnellement pendant ses études, avant de s’y investir beaucoup plus sérieusement à partir de la fin 2023. Le fait de se licencier en 2024 marque une nouvelle étape : il découvre plus finement les méthodes d’entraînement, la nutrition et les différents formats de compétition.

Là encore, Valentin ne se contente pas de courir. Il s’intéresse à la construction des séances, à la nutrition, à l’hydratation et aux mécanismes de progression. Son premier plan marathon, pour Venise, est préparé avec Campus Coach. Les suivants, il les construit lui-même en reprenant ces bases et en cherchant à comprendre comment organiser une préparation. Le kilométrage augmente avec l’expérience : environ 80 à 90 km lors de ses plus grosses semaines avant Venise, puis plus de 100 km avant Séville et jusqu’à 110 km dans une préparation récente. Il ne présente pas cette progression comme une recette magique : une préparation plus ambitieuse ne garantit pas que la course se déroulera comme prévu !

Le marathon est néanmoins devenu sa distance de prédilection. Ce n’est peut-être même pas celle sur laquelle il estime avoir aujourd’hui le plus grand potentiel — il cite plutôt le semi — mais sans conteste celle qui le fait vibrer. « On n’a qu’une vie et, pour moi, le sport sert aussi à vivre des émotions. » Il aime ce qu’un marathon conserve de rare : des semaines de préparation, une journée qui peut basculer pour une multitude de raisons et l’impossibilité d’enchaîner les dossards chaque week-end.

Cette façon de voir la course explique aussi ses choix de destinations. Valentin cherche volontiers un compromis entre un parcours sur lequel il peut courir vite et une ville qu’il a réellement envie de découvrir. Venise a été son premier marathon. Séville lui a permis de descendre à 2h51. Rome est désormais au programme avec pour objectif d’améliorer encore sa marque. Valence et New York figurent aussi parmi les courses qu’il aimerait découvrir. « J’aime bien l’idée de débloquer de nouvelles maps », résume-t-il. Pour lui, un marathon ne se limite pas au chrono : il y a aussi le voyage, les paysages, les gens au bord de la route et tout ce qui transforme 42,195 km en souvenir.

À mesure que son niveau progresse, une autre équation se dessine pourtant. Comment continuer à consacrer autant de temps à une préparation marathon lorsqu’on mène en parallèle une carrière médicale exigeante et que les projets personnels évoluent ? Valentin ne l’élude pas. Il sait que les semaines à 110 km ne trouveront peut-être pas toujours leur place. Une contrainte qui, finalement, renforce encore ce qu’il recherche dans le marathon : une préparation longue, une course que l’on ne banalise pas et des rendez-vous suffisamment rares pour rester précieux.

Venise comme premier marathon

Lorsque Valentin se lance dans sa première préparation marathon en 2024, il ne cherche pas nécessairement le parcours le plus rapide. Venise s’impose d’abord pour le lieu. Il connaît déjà la ville, a envie d’y retourner et trouve l’idée d’y courir 42,195 km particulièrement attirante. « Je savais déjà que ce n’était probablement pas le marathon pour faire le chrono du siècle. Mais comme ce serait mon premier, je me suis dit : ce sera mon crash-test sur marathon, j’aurai le temps d’en faire de plus roulants plus tard. »

Pour autant, Valentin ne part pas sans ambition chronométrique. Il vise déjà de passer sous la barre symbolique des 3 heures. Sa préparation est construite avec Campus Coach et il travaille notamment sa stratégie nutritionnelle. Mais entre préparer un marathon et savoir réellement comment son corps réagira après 30 km, il reste encore une inconnue de taille. « Je n’avais aucune idée de la manière de me régler au niveau du cardio et de l’allure. »

Il tient pourtant son rythme pendant une bonne partie de la course. Puis, autour du 28e ou du 30e kilomètre, tout bascule : douleurs digestives, reflux, impossibilité de continuer à s’alimenter et crampes dans les jambes. « Je me souviens vraiment d’une sensation on/off : tout va bien, tout va bien… et, d’un coup, bam, tout s’éteint. »

Le timing est presque cruel : son premier véritable mur arrive au moment où le parcours rejoint Venise. Sur le long pont qui relie la terre ferme à la ville, le meneur d’allure des 3 heures le dépasse. Valentin doit alterner marche et course avant de rejoindre la partie la plus spectaculaire du parcours. Il termine finalement son premier marathon en 3h12, avec une première leçon très concrète : l’allure n’était pas le seul paramètre à maîtriser. Avec le recul, il estime notamment ne pas avoir suffisamment bu durant sa course.

Venise restera donc à la fois son entrée dans le marathon et sa première confrontation avec tout ce que la distance peut avoir d’imprévisible. Une expérience qu’il relit aujourd’hui avec désormais plusieurs marathons à son actif, un record à 2h51 qu’il vise encore à améliorer et une bien meilleure connaissance de la gestion de course.

Vivre la course : un marathon en deux temps

Le Marathon de Venise ne se résume pas à la partie finale dans la cité des Doges. Valentin garde même un très bon souvenir des premiers kilomètres sur le continent. « Certains disent que cette partie a moins d’intérêt ; moi, je l’ai trouvée sympa. » Dans les petits villages autour de Mestre, il découvre une ambiance qu’il n’avait pas imaginée : des habitants regroupés au bord de la route, des pancartes, des tambours et de nombreux petits foyers d’encouragements.

Il souligne aussi la beauté du site où est donné le départ, avec un passage dans le château pour rejoindre les sas, et une vue sur les jardins.

Le changement de décor intervient lorsque le parcours s’engage sur le grand pont qui relie la terre ferme à Venise. Très large, très minéral et exposé, il lui laisse le souvenir d’une véritable « traversée du désert ». La difficulté est mentale autant que physique : la ligne droite paraît interminable et les premières vues sur Venise n’apparaissent réellement qu’à l’approche de la ville. Pour Valentin, ce passage coïncide en plus avec les effets du mur !

La récompense arrive ensuite. La dernière partie du marathon offre ce qu’il était venu chercher à Venise : les façades, les canaux, la place Saint-Marc et cette sensation de courir dans un décor unique. Il garde notamment en tête cette passerelle provisoire installée pour l’occasion sur le Grand Canal.

Cette fin spectaculaire a cependant un prix pour les jambes. Après des dizaines de kilomètres courus sur le bitume, les ponts vénitiens imposent une succession de montées et de descentes à un moment où la fatigue musculaire est déjà bien installée. « Tes jambes sont déjà en compote et on te demande des efforts presque de pliométrie, monter-descendre… » Pour Valentin, c’est là que se situe la principale difficulté du parcours du Marathon de Venise.

Côté ambiance, Venise lui réserve aussi une petite surprise. Il s’attendait à être davantage porté par le public une fois arrivé dans le centre historique. Sur la place Saint-Marc, les spectateurs et les accompagnants sont bien présents, mais les ruelles étroites et la nécessité de maintenir le passage des piétons limitent les regroupements dans les rues et ruelles alentours. Sur les quais, les touristes regardent passer les coureurs sans forcément être venus pour la course. Finalement, l’ambiance et plus présente dans les villages de la campagne de Mestre qu’au sein de la Sérénissime. Mais la magie du décor compense largement !

Côté organisation : bien penser le séjour autour du marathon

Valentin était resté cinq jours à Venise, avec deux jours avant le marathon et trois après. Un format qu’il juge suffisant pour courir tout en gardant du temps pour découvrir la ville. Avant la course, il avait toutefois volontairement limité la marche et réservé l’essentiel des visites aux jours suivants.

C’est pour lui l’un des principaux pièges d’un marathon organisé dans une ville comme Venise : vouloir profiter du séjour au point d’arriver au départ avec les jambes déjà fatiguées. « Un marathon, tu le prépares pendant trois mois. C’est un investissement important, donc c’est bête de te le gâcher à cause du piétinement avant la course. » Il va même plus loin : à l’approche d’un objectif, il préfère un petit footing contrôlé à une journée entière passée à marcher et à rester debout.

Pour limiter les kilomètres à pied tout en profitant de Venise, il avait beaucoup utilisé le vaporetto les premiers jours. Les forfaits sur plusieurs jours permettent de multiplier les trajets et de découvrir différents secteurs de la ville sans nécessiter de longue marche. « C’est ma petite astuce à Venise », résume-t-il.

Autre choix qu’il referait : dormir à Mestre. Des navettes y sont organisées pour conduire les coureurs au départ. Valentin avait donc choisi son hôtel en fonction des points de prise en charge. À ses yeux, cette solution simplifie nettement le matin de la course par rapport à un hébergement dans Venise, qui oblige d’abord à rejoindre la terre ferme. Il conseille ainsi de regarder la logistique du départ et des navettes avant même de réserver son logement.

Sur la course elle-même, il garde enfin le souvenir d’une organisation très bien rodée. Dans les secteurs étroits de Venise, où il faut composer avec les touristes et maintenir des passages pour les piétons, il n’a rencontré aucune difficulté particulière pour circuler lors de son passage.

Perspectives

Deux jours avant notre entretien, Valentin venait de terminer le marathon d’Avignon, une course qui ne s’est pas déroulée comme il l’espérait. Une expérience de plus qui confirme, à ses yeux, ce qui fait aussi la singularité du marathon : malgré des mois de préparation et une attention portée sur tous les paramètres, la distance conserve sa part d’imprévisible !

Mais le prochain rendez-vous est déjà fixé : le marathon de Rome, en mars 2027. Là encore, le choix répond à son équilibre habituel entre envie de découvrir une ville et possibilité de courir vite. Le parcours n’est ni parfaitement plat, ni exempt de difficultés avec ses pavés, mais Valentin estime qu’il reste suffisamment roulant pour viser un chrono.

L’objectif sera notamment de tenter de franchir la barre des 2h48, synonyme de qualification aux championnats de France. Et peut-être l’occasion, au passage, de nous faire vivre Rome à travers un nouveau récit de course !

Revenir courir à Venise ?

Holiday & Run — Avec le niveau que tu as aujourd’hui, est-ce que tu aurais envie de retourner courir Venise pour voir ce que tu pourrais y faire ?

Valentin Maisons — « Oui, j’aimerais bien. Un défi qui pourrait être sympa serait de viser un sub 3h à Venise. Je pense qu’un chrono sous les 3 heures doit donner aussi une place assez intéressante au classement. Ce serait un bel objectif. Mais, justement parce que les marathons restent des moments rares, j’ai aussi davantage envie de découvrir de nouvelles courses. On n’aura pas tant d’occasions que ça dans une vie.»

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